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Dans le jardin de l'ogre : l'addiction sexuelle se conjugue aussi au féminin

Le 16 novembre 2014, 21:44 dans Livres 0

 

Premier roman de Leïla Slimani, l'histoire est celle d'Adèle, 35 ans, un petit garçon de 2 ans, un mari médecin, un job de journaliste. Elle a tout. Le confort, l'amour, les amis, l'argent, la maternité. Elle a l'air sage, Adèle.

Mais sous la surface, se cache l'addiction. Le désir jamais assouvi, les pulsions qui dorment en elle et soudain prennent le dessus. Vite, il lui faut un homme, n'importe lequel, n'importe où, adossée à une poubelle, dans une station de métro, un inconnu, un voisin, un ami de son mari, même. 

Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. (...)

Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette.

Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur.Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre.

Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.

Adèle flotte en surface : l'amour qu'elle port à son fils trouve ses limites quand il lui en "demande trop", son mari est un compagnon qui lui offre à la fois la façade de la respectabilité et une île de paix à rejoindre, entre deux excès de chair, entre deux angoisses de vide. Adèle s'offre au premier venu, quand le désir la rend folle et prend possession de son âme. Mais elle n'est jamais rassasiée, tout est toujours trop doux, trop routinier. Elle rêve de violence, de viol, de meurtrissures, de bleus à l'âme et au corps. Chaque amant souffle un peu sur sa flamme, sans jamais l'éteindre tout à fait. 

Adèle joue avec le feu, néglige son enfant, ment à son mari, délaisse son boulot, pour s'enfoncer toujours plus loin et plus fort dans les situations glauques et extrêmes, frôlant le danger, comme celle, hallucinante, où elle demande à deux hommes de lui donner des coups au sexe, jusqu'à le déchirer, pour enfin ressentir quelque chose d'assez fort pour elle ...

Cette addiction la bouffe, au point de la rendre froide, un monstre d'égoïsme, comme lorsqu'elle apprend l'accident de la route de son mari, et songe au champ libre que ça aurait pu lui laisser, s'il ne s'en était pas sorti :

À une veuve, on pardonne beaucoup de choses. Le chagrin est une excuse extraordinaire. Elle pourrait, tout le reste de sa vie, multiplier les erreurs et les conquêtes, et l’on dirait d’elle : « La mort de son mari l’a brisée. Elle n’arrive pas à s’en remettre. »

 

Premier roman donc, pour Leïla Slimani, sur un sujet rarement abordé : l'addiction sexuelle au féminin. J'ai dévoré ce ce livre en deux petits jours, subjuguée par la descente aux enfers d'Adèle, par son angoisse et son malheur, et aussi par cette très belle écriture. C'est cru sans réellement choquer, les mots claquent, les situations sordides s'enchaînent et nous dévoilent un beau portrait de femme dévastée, qui se noie lentement dans sa propre maladie. Un petit bémol sur la fin, qui m'a laissée ... sur ma faim.

Leïla Slimani est, sans conteste, l'une des révélations de cette rentrée littéraire, et elle signe ici un premier roman très fort, qui vaut la peine d'être lu. 

Extrait d'un article très intéressant, où elle explique la genèse du roman, inspiré par l'affaire DSK : 

C’est là que se produit le déclic. «J’étais fascinée, comment pouvait-on mettre ainsi sa vie en péril ? Mais je trouvais plus intéressant d’étudier cette addiction au sexe du côté d’une femme. J’ai toujours eu envie de parler de la sexualité féminine. Quand on vit dans un pays comme le Maroc, on voit que les interdits pesant sur la sexualité créent un drôle de rapport au corps. Tout se fait en cachette, dans une sorte de malaise.»

Elle se jette sur Madame Bovary, Thérèse Desqueyroux, Anna Karénine, Belle de jour… et, un matin, c’est la révélation. «Adèle m’est apparue. Comme une petite musique lancinante. Ce qui est subversif chez elle, ce n’est pas le sexe, c’est sa passivité, sa paresse. Elle ne veut pas correspondre aux rôles qu’on lui propose.» Et puis, dit-elle, «je trouve qu’il y a quelque chose de très triste dans la sexualité».

L'article complet est ici

"Dans le jardin de l'ogre", Leïla Slimani, Gallimard, 2014

╰☆╮ Colin Coton, pour les mamans poules

Le 12 novembre 2014, 09:55 dans Famille 0

Colin est le petit dernier d'une famille, fort nombreuse, de souris. Maman ne s'inquiète guère pour ses frères et soeurs, qu'elle laisse jouer tranquillou. Mais garde au chaud son petit Colin, si fragile. Elle ne veut pas l'envoyer dans ce monde terrible !

Colin en a assez d'être couvé ! Il veut jouer et faire des expériences, comme ses frères !

Mais grand-mère fait une remarque qui donne une idée à maman :

MAIS QUELLE BONNE IDEE (merci Grand-mère, qui aurait mieux fait de se taire).

Aussitôt dit, aussitôt fait : Maman enveloppe son Colin dans du coton et le laisse enfin sortir, l'esprit tranquille. Que pourrait-il bien lui arriver, protégé comme cela ?

Et bien, des tas de choses ... qui ne seraient pas arrivées si  le pauvre Colin n'avait pas ressemblé, dans son coton, à une bonne meringue (miam, dit le canard), ou à un gros lapin blanc (le dîner favori du renard).

Mais notre Colin, poursuivi de toutes parts, s'en sortira en y laissant juste son enveloppe de coton ... et Maman sera bien obligée de le laisser sortir ... car oui, on se fait parfois mal, on tombe, on chute, on s'enrhume ... Mais c'est la vie ...

Ce très joli album, trouvé par hasard d'occasion, est un petit coup de coeur maternel. Petit Loulou ne l'a pas encore reçu (je fais des réserves pour les fêtes), donc pas de test avec lui, mais le thème me parle énormément.

J'ai toujours eu tendance à trop couver mes enfants, surtout Petit Loulou, le premier. Quand il était bébé, je préférais le garder sur mes genoux bien au chaud plutôt que de le laisser vadrouiller (des escaliers ! un cousin turbulent !). Je l'ai un peu mis dans du coton ... et maintenant je me plains qu'il soit pot de colle ;-)

L'école l'a bien dégourdi, heureusement, et Mini Louloute, en bonne deuxième, fait des tas de choses que son frère n'a jamais pu expérimenter au même âge.

Mais, en tant que maman poule qui se soigne, j'ai adoré ce petit album tendre. La morale est valable à la fois pour les petits peureux ET pour les mamans stressées : les (petits) bobos, c'est la vie !

 

Colin Coton, Jeanne Willis et Tony Ross, éd. Seuil jeunesse, 2007

 

╰☆╮L'ours et l'enquiquineuse

Le 9 novembre 2014, 11:22 dans Famille 0

Gros coup de coeur pour cet album, déniché par Superpapa en personne !

L'ours prépare son petit déjeuner tranquillou quand soudain ... une petite souris grise, aux yeux malicieux, s'invite. Or l'ours déteste la compagnie et a installé à sa porte un grand panneau "Ne pas déranger", panneau qu'il s'empresse de montrer à la souris, avant de la mettre dehors.

Mais, sur plusieurs pages, nous voyons l'ours qui trouve toujours la petite souris planquée quelque part : dans le tiroir à pain, dans la théière, même après avoir bloqué toutes les issues et cloué des panneaux aux fenêtres ... la petite malicieuse ressurgit sans arrêt et fnit par rendre notre ours complètement marteau.

Au bout d'un moment, l'ours, en pleurs, abandonne la partie et consent à prendre le thé avec la petite souris ... dans un silence glacial. Mais la petite souris, qui a plus d'un tour dans son sac, réussit à dérider l'ours, qui se retrouve à faire le poirier, raconter des blagues et apprécier sa compagnie, car personne n'avait jamais rigolé avec lui.

Puis, la petite souris rappelle à l'ours qu'elle lui a promis de ne pas le déranger longtemps .... et s'en va...

Quelle va être la réaction de notre ours mal léché ?

Voici un très bel album sur une improbable amitié, plein de drôlerie et de tendresse. Le texte comporte des répétions (que les enfants adorent), et les dessins sont doux et rappellent le style de "Tu ne dors pas, Petit Ours ?" de Barbara Firth aux illus.

C'est, apparement, le premier tome d'une série : viennent ensuite "L'anniversaire de l'ours" et "L'invitée surprise", où les deux comparses sont définitvement amis.

 

"L'ours et l'enquiquineuse", Bonny Becker et Kady MacDonald Denton, Les albums Casterman

 

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